Je ne remercierai jamais l’Éternel de m’avoir donné vie à un moment charnière et essentiel de l’évolution des espèces. Rendez-vous compte : les contemporains de Pépin le Bref et Leonardo da Vinci n’ont pas connu le bonheur de twitter ! À leur époque, il était impossible de livrer ses états d’âme ou ses jugements définitifs sur la marche du monde en moins de 140 signes ! La vie valait-elle vraiment le coup d’être vécue ? Pas si sûr…
Il leur fallait sortir dans la rue pour déclamer à leurs contemporains : café bouillu #vie de merde. Ou encore, trop mal aux dents, vé pas bosser #caprice. Pour être honnête, les principales villes de garnison de notre beau et vieux pays de France ne regorgeaient pas de quidams gazouillant seuls de petits morceaux de vie, au risque d’ailleurs de se retrouver déguisés en mannequins pour chemises sans manche de la marque camisole. Y compris de force
Fort heureusement pour notre génération, nous vivons ce progrès en direct live. Chacun peut à loisir nous tweeter ses petits tracas quotidiens ou nous gazouiller que la paix dans le monde serait plus facile à obtenir s’il n’y avait pas de guerre, sans risque d’internement ou mise sous tutelle à la Bettencourt.
Remarquez, il serait amusant de décréter une journée du tweet sans internet. Cela consisterait à obliger chacun à tweeter par oral, dans la rue, au bistrot, au bureau, à la maison, ce qu’il tapote habituellement et nerveusement sur son smartphone.
Le spectacle vaudrait le coup. Il serait parfaitement légitime, tant que l’on n’a pas créé la journée de la journée, le vide sidéral de notre vie sociale peut bien s’enrichir de nouvelles expériences amusantes de 24 heures, consacrées à la gentillesse, à la grenadine, aux poissons rouges morts de soif, aux plantes vertes carnivores souffrant de cholestérol ou encore aux écologistes curieux de savoir si le nucléaire est soluble dans une circonscription de gauche.
Or donc chacun passerait cette journée du tweet sans internet à ne parler à personne tout en s’adressant à tout le monde, avec des messages aussi essentiels que #Pujadas est encore plus petit que #Sarko, la 37e saison de Desperate housewives n’est pas très #gay ou, plus politique, pourquoi ne pas donner de l’argent aux pauvres afin qu’ils soient plus riches.
Une telle journée ferait sens, comme on dit en psycho 4e année.
Navrant, non ?
Me Folace







Entre ici, Georges Frêche, avec ton cortège de statues, de casseroles et de dérapages en tous genres. Mort tragiquement à l’issue d’une longue et douloureuse septimanie, le toni-truand maire de Montpellier a été injustement mis sur la touche par ses mauvais camarades socialistes. Et pourtant, quel bâtisseur ! Quel visionnaire ! Bon, à la décharge des éléphants de Solférino, il faut reconnaître que Georges Frêche avait pris la curieuse manie, surtout sur la fin, de concurrencer Le Pen et Mélenchon auprès du petit peuple. Jamais en retard d’une bonne blague sur les Harkis ou les footballeurs bleus « trop noirs » à son goût. Bon, mais peut-on réellement en vouloir à un homme selon qui Laurent Fabius n’a pas une « tronche très catholique » et Nicolas Sarkozy est un « grand mamamouchi aux talons (talents ?) compensés ». Je vous le demande, en vérité ! Mais tout ceci n’est qu’écume des jours et vulgaire clapotis. Septiman Ier restera de toute manière dans l’histoire grâce aux statues qu’il a judicieusement érigées avant de disparaître. Quelle belle et généreuse idée que celle, malheureusement tombée en désuétude, consistant à égayer nos provinces de statues permettant à notre belle jeunesse d’apprendre l’histoire de visu plutôt que devant fesse de bouc. Quelques jours avant de passer de vie à trépas, Georges Frêche a dévoilé les silhouettes en bronze de Jaurès, De Gaulle, Roosevelt, Churchill et Lénine. Autant de choix judicieux, mais de grandes personnalités manquent à l’appel du panthéon en plein air. À commencer bien évidemment par Paul Deschanel, dont il est désespérément impossible de trouver une statue, une place, un square ou une modeste rue dans les faubourgs tristes d’une banale ville de garnison. Non, décidément, mémoire courte et ingratitude sont trop souvent les deux mamelles de la France ! 


Nés avec la Ve République, vous avez pourtant accueilli votre père amenant le premier "poste" en couleur avec les yeux des caciques patagons regardant, incrédules puis admiratifs, Antoine de Tounens créer son royaume en Terre de Feu. Un monde meilleur s'ouvrait sur de nouvelles lucarnes, pensiez-vous naïvement. Fini Danielle Gilbert en sépia, à nous Giscard recevant les éboueurs en technicolor. Bon d'accord, ils étaient noirs, mais la révolution quadri chromique n'en était qu'à ses balbutiements. Embarqué sur un improbable Mayflower technologique, le troupeau quittait un vieux monde en noir et blanc pour un nouvel horizon de félicité. "Forcément meilleur" aurait astucieusement ajouté une intellectuelle à col roulé, dont un début d'alzheimer ne l'empêchait nullement de savoir où étaient rangées les bouteilles ! (La suite à lire dans l'ouvrage à paraitre "Espistolaire de rien" )
Piochons au hasard dans la bibliothèque de la grande bleue. Tel grand navigateur sait nous captiver d’un récit minuté de ses aventures : « Il est 7h45. Je prends mon quart. A peine le temps d’avaler un café bien chaud, j’enfile mon ciré et affronte la froidure du jour levant. Le ciel est plombé de lourds nuages noirs. Le vent forcit. Je décide de prendre un ris. Les rafales sifflent dans la mâture et les embruns balaient le pont… etc… ». Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, c’est clair, ON S’EN FOUT !!!!! (La suite à lire dans l'ouvrage à paraitre "Espistolaire de rien" )
