mardi 11 novembre 2008

Seconde partie





Leonard de Volfoni, de Brazil à la Martinique, pour


s'échouer à Porto Santo

La tête dans les brumes de la cerveza des marins nyctalopes de Faro (lire épisode précédent), Leonard de Volfoni regarde l’étrave du Veni, Velus, Velux plonger dans la longue houle océanique et les forts vents d’Ouest, comme si les éléments étaient aspirés par l’entonnoir du détroit de Gibraltar tout proche.





Son regard quelque peu éteint, voire torve, s’illumine d’un coup : un étrange oiseau vient de s’échouer sur le pont, à un pied de son bras gauche ! « C’est promis, j’arrête de boire », se dit le jeune marin nantais en regardant ce curieux poisson muni de petites ailes, qu’il croit sorti de son imagination avinée.
« Bah mon bonhomme, t’as jamais vu de poissons volants ? ». Le vieux Capitaine de Souza s’amuse de la découverte de Leonard. « Tu verras, lorsqu’on longera les Canaries et les côtes mauresques, il en tombera comme la vérole sur le bas clergé. Moi, je m’en fais un tous les matins avec une bolée de porto »





Le sémillant sévillan Mico Loco prend de grands airs cultes, de ceux qui en ont vu et bourlingué, bref il prend son air con et lâche : « Mollo, Souza, les poissons volants ne forment pas la majorité du genre. Dans les mers, ils pèsent autant que l’esprit de résistance chez la droite orléaniste ou le manque d’ego à gauche. Pour moi, ces exocets représentent l’intelligence et la liberté faites poisson. C’est te dire le nombre de cons qui nous entourent ! ».
« Comprends rien », soupire Léonard de Volfoni. « T’inquiète, Mico a ses vapes de temps à autres, avant l’orage ou le grain », renseigne Souza.









Dans sa quête du légendaire et très secret « Brazil », le bel esquif cingle au suroît vers les côtes africaines, mais surtout vers un orage, noir comme un corbeau vichyste.
A bord, les jours se suivent et se ressemblent : poissons volants en pleine tête, bagarres générales sur le pont, début de scorbut chez les plus vieux, prise d’un bateau pirate le long de la Mauritanie, ponctuée du cérémonial toujours réjouissant de l’arrachage d’orbites oculaires à la petite cuiller, éducation sentimentale du jeune mousse attaché au pied du grand mât, devant le foc, évidemment, bref la croisière s’amuse !!





Le navire du Capitaine de Souza laisse les feux de Lanzarote à tribord, et ceux des pirates mauresques à bâbord. « Remonte au vent, abruti, crie-t-il à l’homme de barre. Sinon on va finir en radeau de la méduse. Ça fait peut-être de beaux tableaux, mais moi j’suis pas trop branché croûte, sauf pour la gagner ».
L’atmosphère se radoucit, les nuages dessinent des moutons blancs, les alizés alizent, bref l’équipage a le cœur nonchalant et désinvolte, quasi grenadine. Les poissons volants pleuvent comme vache qui pisse lorsque l’homme de vigie pousse ce cri célèbre « Terra », qui vous pose un marin comme être de garenne vous pose un lapin.





Armé de sa longue vue et de sa vue basse, le capitaine de Souza annonce à la cantonade : « Messieurs, nous voici à Cabo Verde, la fin des mers portugaises. Officiellement, c’est là que notre voyage prend fin. Mais après l’escale, au lieu de rebrousser chemin vers Faro, nous pousserons vers l’Ouest, cap sur « Brazil ».





« Pas un mot à terre de nos projets », prévient sévèrement Mico Loco. Le premier qui parle aura la gorge tranchée ! ».
Leonard de Volfoni s’aventure un peu plus loin que le premier troquet venu, où s’entasse l’équipage. C’est le fameux bachalao piquante, où les marins, contre une pièce en or, frottent leur panse contre celle des filles, où les calamars fris sentent la morue et où les frères de la côte, quands ils ont bien bu, sortent en rotant, se mouchent dans les étoiles et pissent dans le vent, comme d’autres pleurent sur les femmes infidèles. « ça me dit quelque chose cette histoire de moucher dans les étoiles », se dit Leonard, qu’est loin d’être une « brel » question chansonnette.





A ces charmantes ambiances, Leonard de Volfoni préfère une vraie plongée dans la culture locale. C’est ainsi qu’il fit connaissance d'une très grosse chanteuse connue comme la diva aux pieds nus, qui roucoulait une fort belle mélopée sussurant le « vento do mar ».
Mais déjà l’heure a tourné. La Diva raccompagne son jeune chevalier nantais dans les sentiers noirs et déserts. Un dernier « fa, do » (ça change du « mi, sel »), un ultime baiser chaud et c’est le retour à bord. Le diesel n’était pas encore inventé, mais les ronflements de l’équipage l’imitaient fort bien !





Foin du partage tacite entre espagnols et portugais, qui allaient donner le fameux traité de Tordesillas, le navire met cap à l’Ouest, avec un peu de Sud dedans pour le mythique Brazil. Nous sommes en 1472, soit 20 ans avant la pseudo découverte du nouveau monde par Cristobal Colon.
A la barre, Mico Loco se veut pédagogue : « Nous suivrons l'étoile du matin, cette étoile appelée la Merica depuis l'Egypte antique, nom repris par les communautés spirituelles qui entretenaient le savoir antique comme celle de Qoumrâne, celle des nazôréens de l'église de Jérusalem, celle plus tard des moines soldats templiers ! ».





« Tu nous fais chier Mico avec tes templiers, tempête De Souza. Moi j’y vais pour ramasser de l’or, point barre. De quoi m’acheter la plus belle auberge sur la toute de Faro à Lisbonne et d’y finir paisiblement mes jours entourés de jeunes et accortes serveuses ».





Prenant le jeune nantais de Volfoni à témoin, Mico Loco s'emporte soudain : « Nous sommes au large, prêts à découvrir une terra incognita, et v'la que de Souza vient nous planter son rêve petit bourgeois en plein océan aventureux. De Souza, tu as la mer mesquine. Au fond, tu mérites même pas de naviguer. T’es trop con ! »





Pris d’une colère froide, De Souza ne desserre les dents que pour grogner un ordre on ne peut plus clair: « Loco, toi et ton petit protégé de Volfoni, vous débarquez à Brazil et vous disparaissez au plus profond de l’Orénoque, sinon je decrète la Saint-Barthélémy des marins casse-couilles et donneurs de leçons ».





Aux fers dans la cale, Mico Loco et Leonard de Volfoni écoutent de Souza et ses officiers s’apprêter à rejoindre les indiens, sur l’une des plages de Brazil, que le bateau vient de rallier.
« Bon, on fait comme d’ab’. Un peu de verroterie, des cadeaux bidons, des miroirs et à nous l’or de l’orénoque », rigole De Souza. C’était sans compter sur une certaine lassitude des indiens Arawak et Caribes, unis pour une fois aux sauvages Tupi-Guarani, afin de bouter le touriste portos hors des eaux du brazil. Tous les hommes d’équipage furent ainsi délicatement empalés, avant d’être rôtis à la braise et dégustés avec quelques fruits et légumes locaux.

Les Indiens, peu enclins à la navigation et adeptes du vieux précepte voulant que la terre seule ne ment jamais, ont commis l’erreur de laisser dériver le navire, sans savoir que deux navigateurs y étaient cachés.
Mico Loco et Leonard de Volfoni ont pu fuir, cap au Nord, en longeant les côtes à distance raisonnable. Après des semaines de navigation à scruter les pointes et baies afin d’établir une première cartographie, nos deux navigateurs ont choisi une ile aux fleurs pour enfin débarquer.





Forts aimables, les autochtones les ont accueillis avec un immense sourire et une vraie gentillesse. Une jolie indienne chantonnait, en guise d’accueil, « Au bal masqué, ohé ohé ».
« C’est pas mal, mais ça marchera jamais », glisse Mico Loco à l’oreille de Leonard de Volfoni.
« Bon, c’est un peu le zouk ici, on vous offre un verre », propose Leonard. « Pa ni pwoblem, sa ka maché », lui répond le chef indien dans une langue jusqu’alors inconnue.
« Y me reste un fond de Martini, alors je baptise cette île Martinique, lance jovial Leonard de Volfoni. Et tout le toutim, y’a qu’à l’appeler la Merica, du nom de l’étoile qu’on a suivie ».
« America, America » chantent les indiens. « Pa ni pwoblem, America ».





« Bon, ça c’est fait. Martinique et America », conclue, pragmatique et courtois, Mico Loco.
Après quelques jours passés à fumer de hautes herbes locales et boire du jus fermenté de canne à sucre, Mico Loco et Leonard de Volfoni perdaient tout repère moral et sombraient dans une lente léthargie souriante et placide.
C’est le chef indien qui a sifflé la fin de la récré après que Mico Loco ait cru bon faire une sieste bruyante dans le tipi du chef, avec madame le chef. Le temps d’entendre le sifflement de la machette dans l’air moite des tropiques, voilà nos deux marins à l’eau pour un crawl titanesque vers le bateau.





« Bon, c’est bien joli de découvrir la Martinique et l’Amérique, mais j’ai école en Europe moi « , résume simplement Leonard de Volfoni. Visiblement, le jeune marin nantais ne mesure pas précisément l’importance de leurs découvertes. Tout le charme des grand rêveurs !!





Les vents sont contraires, les grains de plus en plus forts, noirs et inquiétants, jusqu’au grand soir où les vagues déferlaient au niveau des vergues, où le bateau n’était plus qu’un jouet fragile pour éléments déchaînés.
Roulé par des cathédrales d’eau, le navire déchiqueté a fini sa course dans les rouleaux d’une longue plage bordant une ile, belle, sauvage et aride.
Un homme portant beau leur tend une main ferme : c’est Manuel Caldeira, le seigneur de l’ile, Porto Santo. « Entre nous, c’est à la vie à la mort », clame Mico Loco à Caldeira, pendant que la fille du gouverneur ramassait un peu plus loin une boite contenant des cartes.





C’est cette petite fille innocente que le fourbe Cristobal Colon épousera quelques années plus tard, lui volant les fameuses cartes pour aller découvrir des iles et un continent déjà découverts par les nantais Leonard de Volfoni et Mico Loco.
Cette vérité, enfouie dans la nuit et les brumes du temps, est désormais la plus grande richesse de Mico Bolo, lointain descendant de Mico Loco (Oui Bolo, parce que Loco, ça faisait pas sérieux dans les affaires). Quant aux Volfoni, il se sont perdus dans des affaires peu reluisantes à Paris, où ils tenaient des clandés rapportant 36 fois la mise côté emmerdements.





De leur côté, les Bolo continuent à venir très régulièrement à Porto Santo, sous couvert d’organiser la Transquadrabolo. Il y rencontrent toujours les Caldeira, gardant le précieux secret loin, bien loin des livres d’histoires.





Antoine Delafoye



PS : Du retour des Amériques Léonard de Volfoni & Mico Loco se sont arrétés à Ponta Delgada, dans l'ile Sao Miguel aux Açores.
Leur aventure est d’ailleurs célébrée sur la marina








Réclamation officielle de l'ordre secret des chevaliers de Goulphar





OCTAN BULLE :
Cet instrument de navigation, dérivé de l'Astrolabe, fut inventé secrètement par Christophe Colomb en 1492.
Il fut à l'origine de la découverte par Newton en 1550 de l'Octan à réflexion.
En effet, on y trouve deux miroirs :
Le premier pour que le navigateur puisse être bien sûr que c'est lui, et que l'apparence de son visage est bien conforme à l'estime qu'il se porte.
On sait l'importance de l'estime en navigation !
L'autre pour compenser la courbure de la bulle, dans la visée de l'astre considéré.
Cette courbure n'est autre que celle intrapolée de la terre, partant du principe qu'une boule est toujours ronde quelle que soit sa taille.
Ce fut d'ailleurs à l'origine de l'erreur du grand découvreur, erreur qui sera confirmée cinq cents ans plus tard par les "Chevaliers de Goulphar", touchant le phare de Belle Ile au lieu de Pornichet.
On trouve sur l'instrument, le fil a plomb, comme sur l'Astrolabe, propre à repérer sur le secteur gradué, le gisement de l'astre considéré.
Autre erreur également confirmée, la graduation est de 0° à 100° et non de 0° à 90°. En effet 90° est le double de 45°, qui est le 1/8 du cercle. ( 40 000 / 45x8x60 = 1 852 m )
En effet obsédé par sa dernière découverte " l'Oeuf de Christophe Colomb", ce dernier avait remarqué que l'oeuf pour être dur devait cuire à 100° et non à 90°.
Ce qui explique la confusion des "Chevaliers de Goulphar", entre le phare du Four et celui de Belle Ile.
On trouve sur l'instrument, une console sur laquelle est fixée une statue de Santa Maria. Très croyant, il avait, comme chacun sait, appelé son navire "La Santa Maria".
On trouve aussi une bougie, car l'instrument ne servait que la nuit, et il fallait bien l'éclairer. Voilà pourquoi maintenant on dit " Un Noctambule".
On doit d'ailleurs à cette bougie le nom du nouveau continent. En effet, en arrivant en vue de terre, et au cours d'une visée, un mouvement du bateau vint porter le fil à plomb sur la flamme de la bougie.
En argot andalou du 15 ème siècle … les pieds se nomment des "Ricas".
Le plomb libéré par la combustion lente, mais inexorable du fil, tomba sur … les pieds du glorieux navigateur, qui utilisant la vieille expression argotique s'écria :
AIE, MES RICAS !!!!

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